Perdu... Dans ton peignoir il fait froid, dans tes chaussons il fait froid, dans ton bain il fait froid, dans ton lit il fait froid, dans ton manteau il fait froid, même ta main sur ta plaque a froid... T'as l'impression que ta vie est un morceau de musique, mais un morceau nul tu sais, le morceau où la même chose se répète mille fois sans jamais varier et sans être pour autant réconfortant... Chaque jour est un sample, le même sample, chaque jour n'a plus sa part de surprise, plus rien n'est merveilleux, plus rien ne t'étonne vraiment, plus rien ne te fait vraiment rire, tu ne fais que sourire, et encore, pas à pleine dents, plus rien ne te fais vraiment réfléchir... Tout est déprimant, tout se ressemble, tout est tellement complexe et ennuyeux et monotone et déprimant et glauque et morne... Tu ne veux même plus réfléchir. D'ailleurs tu retombes souvent sur ces mêmes pensées, qu'y a t'il après, pourquoi, comment, est-ce que, où, quand, est-ce, à quel point... A toi de compléter, qu'y a t'il après la mort, pourquoi vit-on, comment faut-il faire pour ressentir, effleurer le bonheur, est-ce que c'est l'amour, où se cache-t-elle, quand arrivera-t-elle, est-ce la bonne, et enfin... A quel point... A quel point quoi? Boiling point... A quel point est-il, le point d'ébullition, à quelle pression vas-tu te vaporiser, disparaître, t'évanouir, être invisible aux autres, puis à toi même, crever, être oublié, plus même dans les limbes des mémoires, plus même dans les lignes des messages, plus même dans les paroles des proches et des autres... Plus même dans les fonds des pupilles... Tu te souviens, tous te regardent, t'es jeune t'as quelques jours, ils sont tous au-dessus de ton berceau, t'es l'innocence pure, t'es l'homme à l'état pur, encore à peine sensible à ton environnement, et déjà tous te regardent, mais réfléchis, est-ce toi qu'ils regardent? Que tu es naïf, mais tu as le droit, tu es jeune, non ce qu'ils regardent, c'est la victoire de tes parents sur la nature et la fatalité, tes parents qui se sont reproduits, qui ont engendrés un monstre en espérant dissiper leur malaise, le malaise humain, mais il n'en sera rien, tu seras juste un être de plus atteint par ce fléau, ce virus, ce poison, cette gangrène, ce malheur, cette misère... Alors tu crois qu'ils te regardent et t'admirent? Non non non réfléchis, ils te contemplent pour le beau bébé que tu es, mais tu n'existe pas encore dans leurs esprits, et à peine dans leurs yeux, ils te regardent mais ne te voient pas, leurs regards passent à travers toi, tu n'es encore que du vent, du vide, comment peux-tu une seconde croire que tu signifies quelque chose pour ces gens? Il y a cent ans encore, beaucoup mourraient à quelques jours, estime-toi heureux d'être arrivé aujourd'hui et pas hier, parce que tu vas vivre, et jouir. Pendant un temps. Puis un jour tu réaliseras que tu aurais voulu vivre à une époque sombre, parce que là, on ne t'aurait pas offert la vie, non mon enfant, tu aurais du te battre pour elle, et tu aurais compris son prix. Tu aurais été une force de la nature, mais aujourd'hui tu ne peux pas, tu ne peux plus, non tu ne peux plus... Et doucement du fond de ton berceau, tu les contemples, émerveillé de voir ces trucs étranges te regarder comme si tu étais un être venu de nul part, une bête de foire... Et tu les regardes faire des mimiques stupides pour tenter de faire rire, et tu ne te demandes pas, tu es trop jeune, tu ne te demandes pas qui d'eux est toi est le plus une bête de foire, un spectacle, t'es venu au monde pour amuser la galerie, et tu t'enfonces dans ton couffin doucement et tu disparais lentement et en silence tu t'endors au chaud dans ton couffin mais le ventre de ta mère te manque déjà, tu as froid dans ton couffin mais tu te dis que tout ira bien... On veille sur toi... C'est touchant... Cyniquement dur, mais touchant, pauvre petit enfant...
A écouter en lisant : Para One - Ski Lesson Blues
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